
Chaque 26 mars, le Mali se souvient. Il se souvient de ses martyrs, de ceux qui ont payé de leur sang, de leur liberté, de leur vie, le prix de la démocratie. Les noms de ces héros, gravés dans la mémoire collective, résonnent comme un rappel poignant des sacrifices consentis pour l’avènement d’une ère nouvelle.
Trente-quatre ans. Trente-quatre ans que le Mali a accouché dans la douleur d’un espoir, d’une promesse de renouveau. Mais aujourd’hui, le constat est amer : le bébé démocratique, tant chéri, demeure fragile, chancelant. Doit-on s’en étonner ? S’en indigner ? Ou simplement, détourner le regard, indifférent à cette réalité qui nous interpelle ?
Le 26 mars 1991, le peuple malien, las des décennies de dictature militaire, s’est dressé, réclamant justice et liberté. Une graine d’espoir a été semée, mais la récolte est loin d’être à la hauteur des attentes.
Les plaies, elles, sont toujours vives. Les familles endeuillées, les cœurs brisés, les souvenirs traumatisants de cette journée funeste sont autant de témoignages de la violence qui a marqué notre histoire. Ces boutiques saccagées, ces vies anéanties, ces blessures invisibles qui persistent, tout cela nous rappelle que le chemin vers la démocratie est pavé d’embûches.
Se souvenir, c’est bien plus que raviver la douleur. C’est donner un sens à ces sacrifices, c’est refuser l’oubli. Car il n’y a pas de paix véritable sans reconnaissance de la vérité, sans un examen lucide de notre passé. « Une plaie ne se cicatrise pas sur le pus », dit un adage de chez nous. Alors, osons regarder nos blessures en face.
Le bilan de ces trois décennies de démocratie est mitigé, pour ne pas dire décevant. Certes, des avancées ont été réalisées : institutions démocratiques, élections régulières, société civile dynamique. Mais la corruption gangrène nos institutions, l’État de droit est fragile, les inégalités persistent et la crise sécuritaire, qui ravage le nord et le centre du pays, a exacerbé les tensions.
Les alternances politiques n’ont pas suffi à apporter les changements structurels nécessaires. La confiance des citoyens envers le système démocratique s’est érodée, laissant place à un sentiment de désillusion.
Alors, que faire ? Renoncer à nos idéaux démocratiques ? Certainement pas. Mais il est impératif de repenser notre modèle, de le réformer en profondeur, de le rendre plus inclusif, plus juste, plus efficace.
Le 26 mars, ce n’est pas seulement une commémoration, c’est un appel à l’action. C’est un rappel de notre responsabilité collective de construire un Mali digne du sacrifice de nos martyrs. Un Mali où la justice, la liberté et la prospérité sont partagées par tous.

Manifestation de juin 2018 contre le renouvellement de la constitution au Mali