A Tombouctou, le fleuve Niger se meurt

Située dans le nord du Mali, la région de Tombouctou qui est l’une des plus vastes du pays, doit son essor au fleuve Niger, appelé « Issa Ber » (le grand fleuve en songhoy, langue majoritaire) par les populations locales.

Le Niger, qui constitue pour des milliers de personnes bien plus qu’un simple cours d’eau, est menacé par l’ensablement. Ce processus, qui consiste en une accumulation progressive de sable dans le lit du fleuve et ses environs, entraîne des répercussions sur l’agriculture, la pêche, l’élevage mais aussi la cohésion sociale des communautés de la région.

Le fleuve, colonne vertébrale de la vie, de l’économie et de la culture…

Pour les communautés riveraines, le fleuve Niger est un trésor inestimable.

 « Il a été dit que l’Egypte est un don du Nil. Il en est de même pour la région de Tombouctou et le Niger », affirme Manassé DEMBELE, à la tête du service régional de conservation de la nature.

Excepté Goundam, les chefs-lieux de cercles (préfectures) Diré, Niafunké, Tombouctou et Gourma-Rharous sont situés sur les berges du grand fleuve, ce qui facilite le transport de marchandises et de personnes et stimule le commerce régional.

Les eaux arrosent les terres cultivables exploitées par les agriculteurs de la région, principalement désertique, avec des conditions climatiques arides et des précipitations extrêmement faibles.

Les crues annuelles permettent de cultiver des produits vitaux comme le riz, le mil, et le maïs.

En marge de l’agriculture, des milliers de personnes dépendent de la pêche dans le fleuve Niger pour leur subsistance et leur commerce tandis que l’élevage, une activité complémentaire aux précédentes, prend de l’essor. Il faut souligner que le fleuve et ses rives offrent des pâturages et des points d’eau pour le bétail, notamment les bovins et les caprins.

…Face à l’ensablement accéléré de son bassin

Les causes de l’inquiétant phénomène d’ensablement sont multiples. Elles sont entre autres la déforestation et la dégradation des sols.

Avec la disparition de la couverture végétale, l’érosion des sols associée aux effets de l’érosion éolienne entraîne un apport massif de sédiments dans le lit du fleuve.

A Tonka, une localité riveraine située à une centaine de kilomètres de Tombouctou, le fleuve qui amorce sa décrue à partir de novembre offre un spectacle indescriptible.

« Vous voyez cette masse de sable là-bas ? C’est ce qui ne devait pas arriver », explique Mounirou HASSEYE. Le chef du service local de l’agriculture explique que l’extraction de sable et de gravier a abouti à multiplier les bancs de sable qui jalonnent désormais le bassin du fleuve.

Des conséquences imprévisibles

Outre les pâturages devenus moins productifs le long du fleuve, obligeant les éleveurs à déplacer leurs troupeaux vers des zones plus éloignées, l’ensablement du fleuve Niger a des répercussions directes sur l’agriculture.

Les terres arables situées le long du fleuve deviennent moins fertiles dû à l’accumulation de sable. Ce qui réduit la productivité des cultures et contraint les agriculteurs à recourir aux engrais chimiques dont les impacts environnementaux négatifs sont certains.

« Il y a dix ans de cela, les gens récoltaient entre 60 et 80 sacs de riz à l’hectare ici », martèle Mounirou HASSEYE, montrant avec un brin de regret dans la voix un espace limité.

Plus que les conséquences déjà citées, ce sont les conflits pour l’accès aux ressources en eau et en terres agricoles qui inquiètent les observateurs.

Elles exacerbent les tensions entre les différentes communautés alors que le pays tente de se sortir d’une profonde crise multidimensionnelle.

Des conflits dont la suite serait une migration forcée de milliers de ménages, qui viendraient aggraver les défis sociaux et économiques d’une région fortement enclavée qui peine encore à se relever des effets conjugués de l’insécurité et de la situation politique du pays.

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